Et si l’état de notre enseignement supérieur était volontaire ?

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L’idée est énorme et ferait penser à une sorte de pseudo théorie du complot. Cela dit, regardons les choses en face ; l’état de notre système de formation et d’apprentissage ne nous permet pas de penser autrement quand on connaît nos potentialités.

Analysons quelque peu notre formation supérieure.

Pour mieux comprendre l’ampleur de la situation, remontons quelques décennies en arrière. Peu de gens le savent, mais le Gabon n’a en réalité qu’une seule et unique université, une seule. En effet, l’UOB, l’USTM, l’USS (ex CUSS), l’ENSET, etc., font en fait partie d’une même et unique université jadis appelée Université Nationale du Gabon (UNG). Créée en 1970, cette université publique, la première de tout le pays, rassemblait tous les établissements d’enseignement supérieur.

Où étaient formés les cadres supérieurs gabonais avant la création de cette UNG ? D’une part à l’étranger et d’autre part au sein de la FESAC (Fondation pour l’Enseignement Supérieur en Afrique Centrale). Cette dernière était un structure interétatique dont le siège et cinq des huit établissements qui la composait se trouvaient à Brazzaville. Le reste des pays membres (Tchad, Gabon et RCA) n’en abritait qu’un seul chacun. Son rôle était justement de former les cadres de la sous-région dans les domaines divers.

Etant donné que la FESAC ne tenait pas compte des réalités et des besoins spécifiques de chaque pays membre en terme de formation et aussi qu’il régnait une sorte d’hégémonie du Congo-Brazzaville sur cette structure, le Gabon suggéra dès 1965 l’idée de créer sa propre université qui réunirait tous les pans de la formation supérieure. C’est ainsi que l’Université Nationale du Gabon voit le jour en 1970. Cette dernière s’installa dans les locaux provisoires de la FESAC à Libreville, en attendant de s’en construire. Près de 50 ans plus tard, ce qui était provisoire a demeuré. En effet, les locaux « provisoires » en question sont ceux dans lesquels se trouvent l’UOB à Libreville encore aujourd’hui. L’UNG réunissait deux types d’établissements : les écoles et les centres. Dans les écoles, il y avait notamment l’Ecole Normale Supérieure (ENS) et l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) ; dans les centres, il y avait le Centre Universitaire des Sciences de la Santé (CUSS) et le Centre de Etudes Juridiques et Economiques (CEJE). C’est quelques années plus tard que seront créées en complément la Faculté des Sciences et l’Ecole Nationale Supérieure des Ingénieurs de Libreville (ENSIL). Jusqu’ici, tout va bien.

Fin des années 70, l’Etat décide de l’éclatement de l’UNG afin de faire de chaque établissement qui la compose une structure autonome.  C’est ainsi que le CUSS devient l’Université des Sciences de la Santé, l’ENA et l’ENS se détachent également de l’université et le Centre des Etudes Juridiques et Economique se scinde en deux : d’un côté en une Faculté de Lettres et de Sciences Humaines et d’un autre en une Faculté de Droit et de Sciences Economiques. Les deux dernières, avec la Faculté des Sciences et l’Ecole Nationale Supérieure des Ingénieurs de Libreville, forment un seul établissement qu’ils appelleront : Université Omar Bongo.  Puis, en 1985, cette dernière éclate une nouvelle fois en faisant de la Faculté des Sciences et de l’ENSIL un seul établissement délocalisé à Franceville : l’Université des Sciences et Techniques de Massuku (USTM). En gros, ce qui était à la base une seule université, est allé en s’éclatant pour nous donner plus tard l’illusion d’en posséder plusieurs.

Car oui, vue de la surface, l’idée n’était pas mauvaise. Mais dans le fond, cette politique a surtout permis de donner à la population un progrès apparent. S’il est vrai que d’un certain point de vue ces réformes avaient permis une amélioration organisationnelle, il est tout aussi vrai que d’un point de vue structurel nous n’avions pas vraiment bougé. Ces réformes n’ont même pas permis de résoudre les problèmes de massifications, d’externationalisation des étudiants, des grèves estudiantines et du personnel enseignant, et la politisation du campus. Nous procédions à des toilettages au lieu de créer de nouvelles structures plus adaptées. Le pire c’est que les années qui ont suivi rien n’a été fait pour désengorger ces structures qui, à une époque, correspondaient relativement aux besoins en terme de formation mais ne répondent plus à des exigences de plus en plus croissantes. En 2016, nous en sommes encore à nous former dans les « bébés » de l’Universités Nationale du Gabon, et pourquoi ? Les dirigeants n’ont pas voulu investir dans la formation comme il se devait.

Evidemment que c’est une question de volonté. Nos dirigeants se vantent très souvent de ce que notre Etat est parmi ceux qui dépensent le plus en Afrique pour envoyer des boursiers à l’étranger et dans le privé. Mais qu’est-ce que cet état des choses nous apprend, en réalité ? Que nous n’avons pas nous-mêmes des structures aptes à recevoir nos étudiants ! Ce n’est donc pas une fierté d’avoir autant d’étudiants expatriés ou dans le privé mais une honte et une preuve de l’incompétence de nos dirigeants à nous doter de structures adéquates ! Chaque année, ce sont de milliards qui sont dépensés pour envoyer des compatriotes en France, au Maroc, au Canada, aux USA, etc. Pourquoi pas investir ces sommes dans la construction de nos propres universités et la formation de formateurs ?

Il n’existe quasiment plus aucun établissement supérieur, privé ou public, au Gabon, assurant des formations de haut niveau dans un cadre adéquat. A une époque encore, AFRAM, ISI et BBS étaient les bijoux du secteur privé. Force est de constater que depuis que l’Etat a décidé d’y envoyer des boursiers, ces établissements connaissent des crises sans précédent principalement liées au non respect des délais de paiement des frais de scolarité par l’Etat. En ne respectant pas ses engagements, l’Etat met lesdits établissements dans des situations qui ne leur permettent plus de remplir convenablement leurs missions. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les écoles du secteur privé ont décidé de rompre le contrat qui les liait à l’Etat dès cette année académique.

C’est connu, un gouvernement d’incompétent roule au carburant des promesses. Nous nous souvenons encore des universités de Port-Gentil, Mouila et de Booué dont on nous avait promis la construction imminente. Et en 2013, lors du New York Forum Africa, l’Etat procédait à la signature de 4 Accords stratégiques qui devaient entre autres conduire à la construction, sous trois ans, de 3 grandes écoles d’une capacité de 600 élèves chacune dans les villes de Libreville, Port-Gentil et Franceville. Est-il besoin de rappeler que rien de tout ça n’a vu le jour ?

A côté de ce déficit structurel demeure un véritable problème systémique. Les choses ne fonctionnent jamais telles qu’elles sont censées fonctionner. Les retards de paiement des bourses, des salaires et primes des enseignants, les blocages organisationnels au sein même des établissements, les réseaux sectaires et occultes qui s’accaparent de la décision de qui valide ou pas une année, la corruption, les harcèlement sexuels, etc. L’Université gabonaise est devenue une réplique quasi parfaite de la gestion et du fonctionnement de l’Etat en lui-même. Comme on le dit, ce n’est pas le plus intelligent qui réussit à l’UOB et à l’USTM.

Le plus triste aussi est que ce système rétrograde ait réussi à atteindre l’Institut National des Sciences de Gestion, jadis fleuron de l’enseignement public. L’INSG était à une époque encore le nec plus ultra des écoles de gestion. Rien qu’y entrer était gage de réussite professionnelle future. Les entreprises s’arrachaient les lauréats de cet institut. Cet établissement qui a participé à la formation de bon nombre des cadres en gestion, banque et finance de notre pays s’effrite d’années en années.

Un proverbe chinois dit : « le peuple est difficile à gouverner quand il est trop savant ». Donc, et si l’État de notre enseignement supérieur répondait à un acte volontaire d’analphabétisation de masse ?

Car, ce ne serait pas exagéré de penser que nos dirigeants le font exprès. Ces hommes et femmes qui, pour la plupart, ont étudié à l’Etranger sont incapables de reproduire, au moins d’un point de vue structurel, le modèle qu’ils ont pu expérimenter dans les pays où ils ont étudié. Des stratégies sont mises en place, des fonds sont débloqués, certains travaux sont même lancés, mais au final rien ne voit le jour. Et personne ne se justifie, ne rend des comptes ou n’explique ce désert d’actions. Quand les étudiants réclament leurs droits, ils sont matraqués, enfermés, torturés, soudoyés, et asphyxiés. Et les cours reprennent dans une atmosphère délétère comme si c’était mer calme et ciel bleu alors que le problème de fond demeure. Aujourd’hui, ça fait 8 mois qu’il n’y a pas de cours à l’USTM, l’UOB est assiégée par des escadrons de police et les cours peinent à démarrer.

L’ignorance du peuple est le fondement même de la démocratie. C’est une vérité générale. Au Gabon, tout est fait pour garder le peuple sourd, muet et aveugle. Aucune émission éducative ou poussant à la réflexion sur les chaînes de télé et de radio nationales, aucune bibliothèque publique, le contenu de la bibliothèque de l’Université Omar Bongo n’est jamais renouvelé, le Musée national est à l’abandon, le réseau informatique est caduc voire inexistant dans les établissements supérieurs, la connexion internet est aussi rapide que le développement du pays… Nos dirigeants préféreront toujours corrompre les leaders estudiantins à coups de plusieurs millions de francs au lieu de dépenser une somme similaire pour doter l’Université de connexion gratuite ou la Bibliothèque universitaire d’ouvrages récents. Nos universités n’ont même pas de sites internet actifs. Pendant ce temps, l’Etat fait don de plusieurs millions de Dollars à une université américaine pour un partenariat qui, en ce moment même, tombe à l’eau. Bref ! Tout est réuni pour abrutir la population ou ralentir son alphabétisation.

Le linguiste nord-américain Noam CHOMSKY a élaboré une liste des « Dix Stratégies de Manipulation ». La 7ème de ces stratégies est de maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise. Il s’agit de faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles ».

Coïncidence ou pas, nos dirigeants veulent nous enchaîner dans l’ignorance. Au final, l’oisiveté des jeunes est endémique et l’alcoolisme, la consommation de drogue et les grossesses précoces gagnent du terrain. Mais bon, encore 9 ans et nous serons émergeants, non ?

Ce n’était que mon Point de Vue

1 COMMENTAIRE

  1. Sujet pertinent, cependant l’article manque de références, notamment des exemples chiffrés. La syntaxe est limite…
    Je m’attendais à une analyse plus objective de notre enseignement supérieur et démonstration claire des manœuvres des indexés que je ne retrouve pas… et pourquoi pas des pistes de solutions?
    Je pense qu’on aimerait lire une presse de meilleure qualité aussi.

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