Essai politique : « Le Gabon, un pays en crise » d’Auguste Eyene

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Citant Grégory Ngbwa Mintsa pour qui « Il ne faut pas toujours attendre qu’un tyran massacre son peuple, retourne les armes contre ses propres citoyens, comme le fait Assad, pour ainsi parler de crime contre l’humanité », Auguste Eyene affirme que le pouvoir du bord de mer est coupable de crime contre l’humanité. En effet, pour lui, il ne suffit pas de massacrer ses concitoyens avec les armes pour qualifier le crime contre l’humanité ; condamner son peuple à l’indigence morale et matérielle, c’est commettre un crime contre l’humanité. Or, ce régime fait les deux à la fois.

L’essai de l’enseignant de philosophie, qui a déjà publié Le mythe, l’écriture et la technique (2014) est pour lui un moyen de résister à l’hérésie des héritiers pour leur opposer une hérésie de la libération.

A coup sûr, le livre publié chez l’Harmattan, en France, est un livre d’engagement qui entretient une flamme révolutionnaire rappelant les premières heures de résistance contre le Parti-Etat qui avait conduit Omar Bongo à façonner une dictature là où l’on attendait crise, au point que celle-ci s’est d’une Nation. Regrettant que le peuple a perdu sa sensibilité face au monde, au temps et aux choses, il constate une inertie qui a enlevé à certains de ses compatriotes une envie de se battre. C’est au regard de ce regret et de ce constat qu’il retrace l’histoire du Gabon pour voir comment et ce qu’elle nous enseigne et nous renseigne sur nous-mêmes. Les pages portant sur le Mouvement de Redressement National sont instructives (MORENA), un mouvement subversif dans un système totalitaire. Puis celles sur le processus démocratique en 1990, le rôle des acteurs tels qu’André Mba Obame, Zacharie Myboto ou Mba Abessole jusqu’à la crise politique aiguë qui a suivi la mort d’Omar Bongo, en 2009.

Un essai sert à prendre des positions, à appuyer une thèse. Avec courage, le double docteur en philosophie et en communication assume la position que voici. Le pays est en crise.André Mba Obame aurait pu être une voie de salut, mais sa mort a renforcé le climat de rablement enracinée. Auréolant le secrétaire général de l’Union nationale d’une figure héroïque, il encombre le visage de Myboto d’une image tout à fait discutable au regard de la réconciliation des deux hommes qui ont créé l’Union nationale malgré leur acrimonie réciproque dans la décennie 2000.

Pour ne pas trahir les secrets du livre dont la lecture est aisée, ilsuffirait de dévoiler une de ses propositions qui illustrent le vœu principal de cette oeuvre : « Aux jeunes : comme les miennes vos nuits sont abîmées par des cauchemars, alors battez-vous pour vos droits. Aux élites : l’obligation d’être debout même en temps de misère est le plus beau fardeau que vous ayez à porter sur vos épaules.

Aux leaders syndicaux, aux vaillants travailleurs : votre lutte est la mère des combats dans une société moderne ». Le Gabon, un pays en crise, est un livre à lire absolument ! Il permet en effet de comprendre le contexte politique gabonais. L’essayiste est actuellement à Paris et à Bruxelles pour une série de conférences autour de son livre.

 

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