Entretien exclusif avec Keurtyce Essamkwass «rappeur politique»

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Artiste gabonais, découvrez avec nous le rappeur Keurtyce Essamkwass, sa vie, son parcours, son engagement. Keurtyce Essamkwass, 37 ans, est né à Bitam. Il fait son cycle primaire à Libreville et secondaire à Oyem au lycée Richard Nguema Békalé. Il a grandi entre Bitam, Libreville et Oyem. Il a commencé le rap en 1995, la même année il forme son premier groupe de rap dénommé “Doukeur” avec un ami de lycée. En 1997 ils se séparent, son coéquipier a dû regagner Libreville pour continuer ses études. Avec cette séparation, le groupe s’arrête.

En 1998 lors de la tournée nationale de Siya Po’ossi X dont il fait la première partie, il se fait remarquer par leur manager Stowell qui l’invite la même année à participer à une compilation intitulée “La rue a une Maison“. Le début d’une belle histoire puisqu’il vit sa première expérience en studio et intègre  une nouvelle formation de rap “Ebendwann Squad” à Oyem. Avec le groupe, ils enregistrent un maxi de 4 titres mais pour des raisons scolaires encore le groupe se disperse et est contraint de se séparer après avoir enregistré 2 titres. En 2004, il rencontre son producteur et rentre en studio pour enregistrer son tout premier album. La même année, Keurtyce entre en fac et sort donc son album le 03 avril 2005. Un album de 11 titres appelé  “Negrizterik” , un coup dur pour les dirigeants puisque son album a été “boycotté, censuré et non diffusé dans les radios et télévisions” déclare t- il.

La même année, il enregistre son deuxième album de 18 titres “Le Fonctionnaire” .  L’artiste se consacre dans différents projets puis sort un double album de 18 titres chacun en 2010 suivi d’un concert à l’Institut Français ex Centre culturel français  (CCF).

En 2013 il sort un album de 11 titres intitulé  “3ème Mi temps”, trois ans plus tard un Extended Play soit un maxi CD de 7 titres “Tournons la page” qui lui a d’ailleurs valu une plus grande popularité à l’approche du scrutin du 27 août au Gabon. Enfin, il sort un double album  de 18 titres chacun baptisé “Keurtyce Versus Essamkwass” et “ d’ici Décembre le prochain album sortira” .

À l’instar des rappeurs du groupe Mauvaiz’Haleine on vous qualifie également de “Rappeur engagé” alors qui vous a inspiré?

Disons que j’ai grandi dans un environnement musical, mon grand frère est un artiste, chanteur et  guitariste. Je suis un mélomane de la musique et du rap en particulier. Tout ce que j’ai écouté durant mon enfance m’a inspiré sauf que me comparer aux autres je le refuse je suis de ceux qui ne marche pas sur les sentiers battus je taille ma route.

On vous a vu très actif avant l’élection présidentielle notamment avec le célèbre titre ” Tournons la page”, qu’en est  il exactement ?

Le forum social mondial a lieu tous les 2 ans, en 2015, en Tunisie, le groupe Caritas France m’invite à cause du clip “Langue de bois” que mon équipe avait diffusé en ligne.

Le Caritas France et le Secours Catholique avaient entamé la campagne “Tournons la page” un concept pour dénoncer les dictatures en Afrique francophone et le thème était “ pas de démocratie sans alternance” de plus, les Africains devraient prendre les choses en main par l’entreprise des actions sociales apolitiques, je me suis donc tout de suite senti concerné par la campagne “Tournons la page”.  J’ai enregistré un maxi de 7 titres justement qu’on a baptisé “ Tournons la page”  suivi d’un concert le 06 Août 2016 à N’tchoréré situé au quartier Ancienne Sobraga de Libreville.

Quel est votre avis sur l’élection présidentielle 2016 et de la crise post-électorale qui s’en est suivie ?

C’est triste pour toutes ces personnes qui ont été tuées par le régime en place soit disant qu’ils auraient brûlé des bâtiments et s’étaient adonnés aux pillages. Un bâtiment vaut t-il une vie humaine? Je ne le pense pas, les gens sont allés aux élections parce qu’ils ont cru que la voie des urnes pouvait libérer le Gabon, une fois de plus ce qui s’est passé en 1993 en 2009 s’est reproduit en 2016 le régime au pouvoir ne connaît que la force.


On a tiré et tué des gens qui ont revendiqué leurs droits rien de plus, l’armée était aux ordres du régime sanguinaire qui est au pouvoir depuis 50 ans! Des Gabonais ont tué d’autres Gabonais, faut arrêter de penser que des étrangers étaient infiltrés dans l’armée gabonaise.

Nous écoutons et nous lisons beaucoup de choses à votre sujet, êtes vous traqué? Si oui par qui?

Je suis ce qu’on appelle un rappeur Politique, mes textes traitent de la situation en Afrique et du Gabon en particulier. En 10 ans de carrière, je me suis toujours exposé, je dis les choses telles qu’elles sont et ce n’est pas parce que je suis loin du Gabon que je trouve le courage de parler, ceux qui connaissent Keurtyce Essamkwass vous le diront. Après les élections présidentielles, des informations arrivaient  jusqu’à moi, des personnes dont je ne vous donnerai pas les noms pour des raisons de sécurité car  résidant encore à Libreville m’ont fortement conseillé de quitter le pays car j’étais parmi les gens à qui on devrait régler des comptes. À la base je n’y croyais pas mais lorsque j’ai commencé  à recevoir des coups de fil d’avertissement de façon répétitive j’ai pris la chose au sérieux et j’ai quitté Libreville, je me suis rendu au nord du Gabon et j’ai ensuite traversé la frontière jusqu’au Cameroun. Du Cameroun j’ai atterri en Chine ou je réside actuellement je mène une lutte. Je ne me suis jamais prononcé pour un candidat même si beaucoup continue de penser que je suis avec eux ils font fausse route.

Que pensez vous des artistes qui ont chanté pour le système qui vous traque aujourd’hui?

Je veux rester proche du peuple comme je l’ai toujours été, ce que vivent les gens c’est de ça que parle mes chansons et ma position se résume à parler pour ceux qui ont des choses à dire. Les médias écoutent les politiques, les sportifs, les célébrités car ces personnes passent à la télévision mais lorsque vous êtes adulé par un peuple qui souffre à un moment il faut mettre de côté votre égo, vos vies utopiques  et regarder la vérité en face!  Je ne l’ai jamais quitté des yeux, la vérité a toujours guidé ma plume, ma motivation, mon inspiration. Elle sera toujours présente en moi car elle me permet de parler de la situation de l’Afrique en général et du Gabon en particulier  à travers mes textes et la reconnaissance je ne la revendique pas.

Un mot de fin peut-être à vos fans…

Pour l’instant je ne peux pas m’adresser à mes fans et faire comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes. Je suis de près l’actualité du pays et l’évolution des choses bien qu’étant un artiste, la politique n’est jamais bien loin, on s’y intéresse surtout quand beaucoup y ont laissé la vie.


Bien aimable à vous que le ciel vous accompagne bon courage, même si vos confrères ont fait l’objet d’une interpellation. Paix sur terre.

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