Baisse des coefficients : regards croisés de Marcel Libama et Wendy Kahma

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Dans une interview accordée au quotidien l’Union n° 12257 du vendredi 28 octobre 2016, le ministre de l’Éducation nationale, Florentin Moussavou a annoncé la réduction de tous les coefficients à 1 pour le premier cycle mais également la baisse des coefficients de mathématiques (6) et français (5) au second cycle.
 
A la question de savoir quelle serait la solution pour réduire le taux de redoublement, Florentin Moussavou a répondu «de ramener le premier cycle à un niveau normal, en considérant que les élèves sont en initiation. Les coefficients ne s’imposeront que lorsqu’ils passent en spécialité, à partir de la seconde. La conclusion des experts, en accord avec l’expertise extérieure, est de mettre un coefficient (1) dans toutes les matières.»
 
De ce fait, notre équipe a donc pris contact avec des hommes du métier pour avoir leurs avis sur la question.
 
Joint par téléphone, Marcel Libama, professeur et membre influent de la Convention nationale des syndicats du secteur éducation (Conasysed), s’est exprimé «Je crois que c’est une très bonne chose d’accorder au collège la même importance à toutes les disciplines. Ça va impacter sur les redoublements et sur l’échec scolaire qui est le cancer de notre système éducatif.»
 
Par contre, pour Wendy Appindangoye N’guia Kahma, doctorante et enseignante en Histoire, «l’échec scolaire au Gabon est d’abord lié au manque d’investissement chronique dans le secteur de l’éducation (classes en sureffectif, manque de professeur, manque de matériel…). Le système scolaire gabonais est sinistré. L’autre raison qui explique l’échec scolaire est le cadre familial : les enfants dont les parents n’ont pas les moyens d’assurer la rentrée se retrouvent sans manuels et sans matériel. Ceux dont les parents ont un niveau scolaire faible ne peuvent bénéficier d’aucune aide pour les devoirs et les révisions. Ces deux facteurs à eux seuls sont déjà très handicapants pour les élèves gabonais. C’est sur ces facteurs là que l’échec ou la réussite de la grande majorité des élèves gabonais se joue».
 
Concernant l’apport concret de la mesure prise par le Ministre, les langues se délient et on voit clairement les restrictions de cette dernière. «C’est une recommandation des états généraux de l’éducation, la formation et la recherche dont j’étais l’un des experts. Le ministre n’est pas l’initiateur. Mais comme toujours cette seule mesure ne suffit pas pour avoir les résultats escomptés . Il faut en amont réorganiser le travail au collège,  réviser la concertation entre enseignants,  renforcer le rôle du conseil des classe,  lutter contre la corruption, les notes sexuellement transmissibles, veillez sur le système d’évaluation dans un tel processus tout le monde doit jouer le jeu» a déclaré le syndicaliste.
 
Visiblement dépassée par la situation, l’enseignante s’est interrogée «Quel message envoie-t-on à la jeunesse quand on montre qu’on peut rattraper un 2 en mathématiques par un 18 en enseignement ménager ?» avant de poursuivre la mine plutôt déconfite «Nous manquons au Gabon de scientifiques, de médecins, de techniciens, d’enseignants… Comment espérer en former plus si, dès le collège, nous n’incitons pas les enfants à travailler dans dans certaines matières, cruciales pour leur avenir ? Nous pouvons par ailleurs créer dès le collège des sections spéciales pour les élèves ayant des talents musicaux, artistiques… En plus du socle commun à tous, ils auraient plus d’heures pour se perfectionner en arts plastiques ou en musique par exemple.»    
 
Allant dans le même sens que son collègue qui disait tantôt que  «cette mesure seule ne suffit pas (…)», Wendy Appidangoye a lancé «Nous sommes un pays sous-développé et sous-équipé. Pour sortir de cette situation, il nous faut des gens formés…Mais pas nécessairement en art ménager. Le jour où nous aurons des classes de 20/25 élèves, des équipements informatiques dans les classes, des laboratoires dans les classes de sciences, des professeurs en nombre suffisant, des techniciens, des ingénieurs, des scientifiques et des enseignants en nombre suffisant, nous pourrons alors adapter au contexte gabonais ce qui se fait en Suède où en France. Pour l’instant notre système éducatif est en état d’urgence.»
 
Système éducatif en état d’urgence, nous resterons sur ces mots car l’année académique 2016-2017 au Gabon est critique, la crise multiforme que traverse notre pays depuis le 31 août dernier ne laisse pas l’éducation en reste.

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