Autopsie de l’agonie sociale

Nous publions ci-dessous un libre propos du jeune et talentueux écrivain Benicien Bouschedy portant observation sur l’agonie sociale qui interpelle désormais les regards à s’armer de courage afin de supporter le quotidien morose que vit chacun.

Autopsie de l’agonie sociale

Notre pays est devenu un mensonge dans lequel le modèle de gestion politico-social est risible sur les lèvres de l’humanité, poussant les citoyens à douter de tout.

Au-delà de toutes les considérations partisanes, les gestionnaires de l’appareil de l’Etat nous imposent d’échanger en murmure, dans le silence, par peur de disparaître, par peur d’être enlevé et être interrogé dans l’obscurité, par peur d’être pris pour un opposant, puisque prendre position dans ce pays est devenu un crime contre Ali Bongo, ses amis et son gouvernement, par peur de se taire à jamais, par peur qu’ils nous entendent…
Le manque de lampadaires de la logique dans notre pays a plongé la République dans une «Obscure époque» dont la valeur « vérité » est détenue par la rumeur. Ainsi toutes les voix fredonnent quotidiennement « il paraît que… C’est vrai! »

C’est la seule ironie qui interpelle la conscience collective à vivre libre où chacun peut reconstituer les mensonges de cette histoire historique historisant la honte de tout un peuple historisé par l’ignominie de ses dirigeants qui sévissent l’Etat en juxtaposant le malaise comme symbole symbolique symbolisant le dire symbolisé par le doute d’un avenir meilleur. C’est pourquoi, entre les projets, les budgets décaissés et les maquettes suspendues à un horizon inconnu au prétexte d’une émergence impossible, je choisi de dénoncer.


Du projet de l’alternance voulu par l’ambition démocratique de tous, ils l’ont aussi dit (Changeons Ensemble), une nouvelle et admirable jeunesse est née pour porter ce rêve à la réalité.
«Casseurs, bandits, ennemis de la République,…» sont les qualificatifs d’un porte-parole imbu de petitesse qui dénotent l’image de bravoure de cette jeunesse qui ne demande que le respect de la liberté et du choix démocratique.


Nous sommes traités comme des étrangers dans notre propre pays, et les jérémiades de notre raison militante nous attirent la destinée manifeste à taire, vaille que vaille, par les Némésis au pouvoir.
Que dit le droit?


Il paraît que c’est le pouvoir qui fait la loi. Ainsi, toutes les pierres jetées au hasard pour corrompre la morale nous ont autodétruit et nous nous retrouvons dirigés par des hommes au comportement mental douteux qui ne savent que répandre la peur.
Triste héritage!
Puisqu’il faut «rester homme tant que les arbres s’enracinent dans la terre», je me mire donc dans ma nation agonisante. Comme si j’étais condamné à l’histoire, je prête la voix des martyrs de la liberté, note les injustices sociales, essuie les larmes des opprimés, canaliser mes émotions, les range dans un coins de ma mémoire et prépare un récital à traduire à la postérité et je raconte: Il paraît…que!


Il paraît que la lettre est libération intérieure et je cherche les vers pour écrire cette histoire au-delà de ma prison intérieure où le vacarme émergent soudoie la révolte certaine qui se lit sur chaque visage à chaque carrefour couvert d’immondicité. Et pour lever la parole, les silences, les pleurs et les absences, il paraît que le peuple doit se faire violence, se défendre contre l’oppression qui monte les rues et englue les toits.

L’Orage approche!


Il paraît que je vis parmi un peuple dont le chef n’a aucune identité nationale et ça n’émeut personne. Ou plutôt si. Ceux qui clament sa légitimité en profitant des raisins de son vergé, donnant ainsi plus d’autorité aux expatriés qui ont droit de tout sur tout.
Incroyable!


Ce peuple est fidèle à l’existence minimale du terroir, il est amnésique et oint son chef-bourreau de longévité. Ce pays concède ainsi le droit de s’occuper aux étrangers comme si ces étrangers n’avaient pas de terre, ou comme si cela serait réciproque.
Scandale!


Dans ce pays, les gouvernants ont le droit d’insulter leurs aînés en public, pour donner l’exemple aux générations. Il paraît que les mœurs de ce peuple s’éloignent de la dignité humaine. Parmi ce peuple les hommes s’entre-baisent et baisent avec leurs filles et les femmes s’entre-lèchent et baisent avec leurs fils.
Et c’est normal!


Il paraît que dans ce peuple le luxe fornique avec la mort au nom de la liberté de plaire. L’argent a plus de valeur que la vie. Chez ce peuple bizarre la chair humaine donne des pouvoirs métaphysiques. Ainsi aucun crime n’est puni. C’est ainsi qu’ils tuent le voisin le plus proche ou le plus éloigné qu’importe ! Je dis bien : «Il paraît…que»


Il paraît que ce peuple ne célèbre que la culture de la mort; on y investit dans la politique plutôt que dans la formation des élites. On recrute les diplômés dans l’armée, construit des stades pour distraire la jeunesse qui veut des écoles et des universités. Sans musées, bibliothèques, centres d’études, laboratoires, notre culture est programmée à disparaître.  La jeunesse honnie de cette partie du monde s’enivre pour se consoler du dédain de son destin perdu. «Jeunesse sacrée et très bonne à sacrifier», prévoyait le père.
Ce n’est pas grave!


Il paraît que dans ce pays, la politique est métier. On y fait carrière en toute tranquillité. Les postes se transmettent de pères en fils et filles. Quand on n’est pas partisans du pouvoir tout le monde est opposant de tout le monde; c’est la démocratie qui le veut. Sur cette carte spéciale de la terre, la politique profane les anus et les tombes pour sa longévité.
Pathétique!

Il paraît que dans ce pays, ceux qui s’exposent comme moi finissent par perdre leurs doigts afin de ne plus écrire de telles histoires pour ne pas que la postérité s’en souvienne.

Mais il paraît aussi et surtout que nous avons le rôle d’alerter et de protéger ce peuple contre lui-même; voilà pourquoi je vomis mon regard pour trahir ce qui me distingue des autres jeunes abrutis qui s’agitent à confier leur humanité en échange du pain,

Et c’est ainsi!

Benicien BOUSCHEDY, Étudiant – Écrivain.

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